saint Jacques et Compostelle
Compostelle un phénomène contemporain (vendredi 8 juin 2007)
Oublié au XIXe siècle, le pèlerinage à Compostelle a été fortement influencé par l’action de deux papes à un siècle d’intervalle. Au delà de l’aspect religieux, il convient de ne pas en oublier la dimension politique.

L’intérêt pour Compostelle renaît à la fin du XIXe siècle avec des érudits et des chercheurs dont Léopold Delisle qui retrouve la trace de Godescalc (évêque du Puy parti à Compostelle en 951) et de très nombreux curés qui, soucieux de l’édification des fidèles, s’enflamment pour le pèlerin médiéval et l’enjolivent. Trois papes ont ensuite agi en faveur de Compostelle : en 1884, Léon XIII publie la lettre apostolique Deus Omnipotens reconnaissant l’authenticité des reliques de Compostelle, en 1938, Pie XI accorde une année sainte exceptionnelle, en 1982, Jean-Paul II se fait pèlerin de Saint-Jacques et convoque les JMJ de 1989.

Un succès de librairie qui induit en ereur

Aujourd’hui, aucun pèlerin de Compostelle n’ignore l’existence d’un document qui, depuis le Moyen Age, aurait été le compagnon de route de ses prédécesseurs . Cette toute petite partie du Codex Calixtinus, redécouverte et publiée en latin en 1882, traduite en français en 1938, a enthousiasmé les chercheurs qui l’ont prise pour un véritable « guide du routard » médiéval. Avec le titre Guide du pèlerin, inexistant dans le manuscrit d’origine, Jeanne Vielliard en a fait un succès de librairie et a orienté durablement la recherche compostellane et, au delà, une politique d’aménagement du territoire. Elle s’était contentée d’une liste de sanctuaires mais d’autres ont relié les sanctuaires pour tracer des chemins qualifiés historiques. A défaut d’autre indication, tout toponyme Saint-Jacques fut alors transformé en balise sur ces chemins. La recherche jacquaire souffre encore de ces erreurs de méthodologie dont toute la communication sur Compostelle est profondément imprégnée. A côté des intellectuels, les hommes politiques se sont, eux-aussi, souciés de Compostelle En 1934, l’association France-Espagne, sous le haut patronage de M. Edouard Herriot et de M. l’ambassadeur d’Espagne organise un voyage en Galice. Pendant les années de guerre c’est un autre Comité qui sous l’impulsion de Charles Pichon organise la « propagande catholique » en Espagne dans laquelle les pèlerinages jouent un rôle important. Les relations avec l’Eglise d’Espagne permettaient de contrer l’influence allemande auprès d’un corps social plus facile à sensibiliser à la critique du communisme. De son côté, dès 1936, Franco invoque l’aide de saint Jacques pour lutter contre les nouveaux infidèles républicains et leurs soutiens étrangers. Deux pèlerinages furent organisés : l’un, en mai 1940, à Notre-Dame du Pilar, à Saragosse, conduit par le cardinal Suhard, l’autre en septembre 1941 à Notre-Dame de la Peña, présidé par Mgr Martin, évêque du Puy. En 1943 l’ambassadeur de France remet solennellement à la cathédrale de Compostelle un ciboire, don du Maréchal Pétain (il est conservé au Trésor de la cathédrale).

La Société des amis de saint Jacques

En 1950 est créée à Paris la Société des Amis de saint Jacques. Le président en est Jean Babelon, déjà membre de l’association France-Espagne de 1934. Plusieurs fondateurs de la Société sont d’excellents connaisseurs de l’Espagne ayant joué un rôle actif pour le maintien de bonnes relations franco-espagnoles pendant la guerre. L’année sainte 1965 a été celle d’une véritable explosion d’initiatives de la Société sous l’impulsion de René de La Coste-Messelière. Une grande exposition aux Archives Nationales montre pour la première fois au public plus de 700 objets des collections nationales et connaît un grand succès. Si elle contribue à propager les erreurs dont nous avons parlé en rapportant à Compostelle tout ce qui porte le nom Saint-Jacques elle permet aussi l’émergence de l’idée de faire de Compostelle un symbole européen.

Vers l’Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe

En 1982 l’association galicienne Amigos de los Pazos en fait la demande officielle au Conseil de l’Europe. Le 28 juin 1984, la Commission Permanente, agissant au nom de l’Assemblée, mit en évidence la place particulière du chemin de Saint-Jacques et recommanda de « s’inspirer de son exemple comme point de départ d’une action relative à d’autres itinéraires de pèlerinage ». L’exposé des motifs souligne l’intérêt pour « d’autres lieux et d’autres routes de pèlerinage », mais cela fut ensuite oublié. Les intentions de 1984 n’ont pas été suivies d’effet : en 1987 les chemins de Compostelle sont seuls définis comme Itinéraire Culturel Européen. Entre 1984 et 1987, les chemins de pèlerinage ont été réduits au « tout Compostelle » qui a dénaturé les visées initiales. Le Conseil de l’Europe avait vu le caractère symbolique de ces chemins en faisant d’eux un « Itinéraire Culturel » immatériel, il a en même temps défini un logo pour le balisage et encouragé la publication d’un guide et d’une carte sans base historique sûre. Le symbole laissait la place à la géographie. Les quatre chemins du Guide du pèlerin furent prolongés en amont, sans justifications, par huit ou neuf routes européennes. Les historiens qui à l’époque ont plaidé pour une méthodologie sérieuse dans la recherche des itinéraires n’ont pas été écoutés.

De nouvelles légendes naissent grâce à l’UNESCO

Contrairement au vœu d’une action concertée exprimé par le Conseil de l’Europe, les inscriptions au Patrimoine Mondial se sont faites en ordre dispersé. Dès 1993 pour l’Espagne, en 1998 pour la France. Le chemin principal conduisant à Compostelle est une réalité incontestable en Espagne, même s’il n’a pas vu passer que des pèlerins. Il n’en est pas de même en France. Les sanctuaires français mentionnés par le Guide avaient des cultes et une existence propres. L’insistance d’organismes qui ne voulaient pas laisser à l’Espagne seule le bénéfice d’une inscription a néanmoins réussi en 1998, à faire inscrire sept tronçons du GR 65 et soixante et onze monuments français, au titre des « Chemins de Compostelle ». On écrit à tort aujourd’hui que « les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France ont été inscrits au Patrimoine Mondial ». L’inscription partielle, annoncée comme globale, s’inscrit bien dans la tradition des légendes de Compostelle : une nouvelle légende se met ainsi en place.

Une expérience utile mais dont toutes les leçons n’ont pas été tirées

L’ouverture de nouveaux chemins continue. D’anciennes voies commerciales comme la voie Regia se parent dorénavant du qualificatif de « chemin de Compostelle ». Le nombre de pèlerins et de marcheurs s’accroît car le pèlerinage répond à un besoin de la société contemporaine. La publicité joue aussi son rôle pour mettre des marcheurs sur le chemin. En Espagne des itinéraires nouveaux sont devenus nécessaires pour décharger le Camino francès mais aussi pour satisfaire le besoin de nouveauté de pèlerins multirécidivistes qui « font » régulièrement Compostelle. Mais le discours historique relayé par les médias et les innombrables récits de pèlerins reste figé. De leur côté, les associations de pèlerins sont plus soucieuses de maintenir des traditions récentes que de faire progresser les connaissances. En 1897 Alexandre Nicolaï écrivait : « il y aurait lieu de s’attacher davantage aux monographies qui nous feraient connaître dans chaque région les confréries qui s’y étaient formées, leurs règlements, leurs hôpitaux et leur organisation ; les statistiques seraient non moins instructives. Alors, peut-être, pourrait-on faire une étude de mœurs vraiment captivante et documentée sur ces armées toutes pacifiques de pèlerins qui, par petits pelotons, continuaient d’autre façon le mouvement des croisades après l’avoir précédé. » Il est regrettable que ces objectifs n’aient pas été suggérés au Conseil de l’Europe quand il a défini les Itinéraires culturels.

La Fondation David Parou Saint-Jacques les a repris à son compte. Elle s’attache à retrouver les pèlerins, à mieux connaître les cultes à saint Jacques, à identifier le patrimoine qu’ils nous ont légué et contribuer à sa sauvegarde. Elle a pour ambition de faire partager ses connaissances au plus grand nombre.


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